Le
droit de chasse et la capitainerie royale
Sous l'Ancien régime,
avoir le droit de chasser est un privilège.
Par la Grande
ordonnance des Eaux et Forêts de 1516, François
1er avait imposé un cadre juridique strict pour
réglementer cet "art de noblesse". Seuls,
le Roi et les nobles avaient le droit de chasse, cette
activité étant liée à la guerre
et au droit de porter des armes.
Si la protection
des forêts du Roi revenait aux grands maîtres
des Eaux et Forêts, une nouvelle juridiction spécialisée
est créée : la capitainerie royale des chasses
qui instaura un arsenal de répressions très
sévères (les plus graves délits comme
le braconnage étaient punis de la peine de mort).
En 1669, Louis
XIV, souhaitant réformer les édits successifs,
fait établir par Colbert une législation
nouvelle qui est connue sous le nom de la Grande ordonnance
des Eaux et Forêts de Saint-Germain-en-Laye
qui fit référence jusqu'à la Révolution.
Les chasses royales appelées désormais les
"plaisirs", sont très favorisées,
même si quelques mesures sont prises pour satisfaire
aussi les paysans dont les champs étaient ravagés
par le gibier et par le passage des chasseurs, car les
capitaineries étaient de véritables réserves
pour les chasses royales au détriment de l'agriculture.
Une capitainerie
royale de chasse était un territoire minutieusement
délimité. Une circonscription administrée
par un officier de la Maison du Roi, où le droit
de chasse du souverain s'exerçait au détriment
de tout autre.
Pour chasser même
dans leurs propres fiefs, parcs, clos et jardins, les
seigneurs devaient obtenir une permission expresse délivrée
par le Roi ou par le Capitaine des chasses, et suivre
des règlements très stricts.
En 1689, on comptait
39 capitaineries royales disséminées sur
l'ensemble du royaume. A la veille de la Révolution
il n'en restait plus que onze.
La
Capitainerie des Chasses de Saint-Germain
La forêt de Saint-Germain-en-Laye,
domaine réservé aux chasses royales depuis
Charlemagne, connaît un grand développement
à partir du XVIème siècle et le règne
de François Ier. Ce dernier fait percer des allées
se croisant en étoile, pour faciliter la chasse
à courre, et impose un cadre juridique strict pour
les questions relatives à cet " art de noblesse
", monopole du Roi et des nobles, qui est désormais
dotée d'une police particulière, la Capitainerie
des Chasses.
La Capitainerie des Chasses de Saint-Germain, créée
en 1559, est l'une des plus considérables du Royaume.
Son énorme superficie correspond actuellement au
territoire d'environ 140 communes, soit environ le double
de la capitainerie de Fontainebleau.
Les routes de chasse y sont établies en un formidable
réseau dressé en étoile, dont l'aménagement
est accéléré par les ordonnances
prises par Louis XV en 1724.
Avec 900 Km2, la
capitainerie royale de St Germain-en-Laye était
la plus grande d'entre toutes par sa superficie. Elle
s'étendait sur l'actuel Val d'Oise, Hauts-de-Seine
et Yvelines. Elle présentait un paysage peu boisé
mais couvert de prés, de champs cultivés
(surtout du blé) et de vignes.
Dans la capitainerie
des chasses sont établis des réseaux de
routes de chasses dont la construction, l'entretien, la
conservation et la surveillance réclamait beaucoup
de soins et donc un nombreux personnel. Dés le
XVIIème siècle se développent des
étoiles, les poteaux de carrefour, etc...Jusqu'à
la fin du XVIIIème siècle, la forêt
était ceinte d'un mur. Pour y entrer, il fallait
passer par des portes ou des grilles.
La chasse à
courre fut pratiquée dans la forêt de Saint
Germain jusqu'en 1870 par les rois et empereurs. A cet
effet, des bâtiments y furent construits. Des rendez-vous
de chasse comme :
- Le
Pavillon de La Muette construit en 1515 pour François
1er, démoli en 1665 et reconstruit sous Louis
XV par Gabriel
- Les Loges qui deviendront
ensuite couvent puis Maison d'éducation de la
légion d'honneur
- Le Château
du Val, construit par Henri IV et reconstruit au XVIIIe
siècle
- La Faisanderie
construite par Louis XIII
- Le Pavillon
et la Croix de Noailles, par le duc de Noailles au XVIIIe
siècle.
La
chasse et le château de Maisons
La construction de Maisons
intervient alors que le Château de Saint-Germain-en-Laye
est encore la résidence royale de Louis XIII et
que le Château de La Muette, rendez-vous de chasse
édifié dans la forêt par François
Ier, est en ruines depuis longtemps. Il manquait donc
un lieu de prestige susceptible d'accueillir le roi et
sa cour au retour de la chasse.
Construit par François
Mansart pour René de Longueil au XVIIème
siècle, le Château de Maisons est conçu
pour recevoir le roi après la chasse. Situé
au bord de la Seine, il est en effet tourné vers
la forêt de Saint-Germain-en-Laye.
En 1981, la Société
des Amis du Château de Maisons a pu favoriser la
publication par Pierre-Yves Louis du "Marquisat de
Maisons en 1777". Ce document découvert aux
Archives Nationales apporte de très nombreux renseignements
détaillés sur l'ensemble conçu pour
recevoir Louis XIII après la chasse.Il met en lumière
l'importance du site choisi par René de Longueil
et décrit très précisément
tout ce qui composait "L'Entrée du Roy"
(appelée aujourd'hui "Les Caves du Nord").
L'"Entrée
du Roy"au bout de l'avenue Albine, dans l'axe du
château, qui se présente aujourd'hui comme
un grand fossé entouré de murs en terrasse,
constituait le principal accès au château
et avait avec ses six pavillons une allure majestueuse.
Ce lieu marquait la liaison entre la forêt et le
domaine de Maisons. René de Longueil était
soucieux de donner au Roi, après la chasse, plaisir
favori du monarque, un lieu de fête en son château
de Maisons et d'offrir des divertissements trés
appréciés de la cour.
En 1645, René
de Longueil, propriétaire du Château de Maisons,
est Capitaine des chasses de Saint-Germain. Cette charge
est très prisée car elle accorde au Capitaine,
en tant qu'officier de la maison du Roi, le droit de chasse.
En 1658, par lettre
patente, Louis XIV accorde à René de Longueil
l'autorisation de faire clore de murs le parc de Maisons
et érige les terres de la seigneurie de Maisons
en Marquisat.
Ancienne
forêt royale, aujourd'hui propriété
de l'Etat, située dans un méandre
de la Seine dans le Département des Yvelines,
à une vingtaine de kilomètres
de Paris, la forêt domaniale de Saint-Germain
couvre aujourd'hui une superficie de 3450 hectares.
Ce massif forestier est géré par
l'ONF. Les
essences les plus représentées
sont le chêne (53 %), le hêtre (18
%), les pins (12 %) et les charmes (8 %).
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