Débuts
d'une carrière militaire
Jean Lannes est né le 10 Avril
1769 à Lectoure dans le Gers. Son
père était un petit marchand
de biens. Il était le cinquième
d'une famille de 8 enfants. Par suite
d'un revers de fortune paternelle, il
n'a pas eu la possibilité d'étudier.
Seul l'aîné des enfants eut
la chance de faire des études en
allant au séminaire. Ce frère
aîné a pu néanmoins
lui transmettre un peu d'instruction.
Il est apprenti teinturier lorsqu'il décide
d'entrer au régiment de la garde
nationale basé à Lectoure.
Il y apprend le maniement des armes.
A partir de 1792, avec un grand nombre
de camarades de ce régiment, il
rejoint le 2ème bataillon des volontaires
du Gers à Auch où il complète
son instruction militaire.
Le 20 Juin 1792 il devient, par élection,
sous-lieutenant de grenadiers.
Il commence ainsi sa carrière militaire
à l'époque révolutionnaire
dans les rangs de ces volontaires partis
défendre la patrie contre les armées
des monarchies étrangères.
La
campagne des Pyrénées Orientales
(1793-1795)
Il combat d'abord contre les espagnols
de 1793 à 1795 au cours de la campagne
des Pyrénées-Orientales.
A la suite d'une attaque imprévue
des espagnols derrière le col de
Coustouge, les bataillons du Gers sont
surpris par les espagnols et la panique
gagne les rangs.
Lannes réussit par son énergie
et son courage, à arrêter
la fuite d'une partie des troupes, à
leur faire reprendre l'offensive et à
retourner la situation contre les espagnols.
Son ardeur dans les différents
combats de cette campagne précipite
sa carrière : Il est nommé
lieutenant le 25 septembre 1793, puis
capitaine des grenadiers le 31 octobre
de la même année.
Il participe activement aux combats qui
permettent de repousser les espagnols
: à Portvendres puis à Banyuls
où il est blessé.
Enfin, malgré ses blessures, en
avant garde, à la tête de
500 grenadiers, il participe à
une nouvelle action contre les espagnols
qui avaient repris l'offensive. Il réussit,
à Villelongue, au terme d'un combat
difficile et dont l'issue paraissait incertaine,
à reprendre une place fortifiée.
Ce nouveau succès lui permet le
25 décembre 1793 d'être nommé
chef de brigade.(Colonel)
A la fin de cette campagne, il épouse,
le 19 mars 1795, à Perpignan, Jeanne-Josephe,
dite Polette, la fille d'un riche banquier.
La
campagne d'Italie (1796-1797)
Il s'engage en 1796, pour la campagne
d'Italie, en qualité de simple
soldat.
Au cours de la bataille de Dego (15 Avril
1796), il rencontre le général
Bonaparte. Il vient de s'illustrer dans
la reprise de cette petite ville de Ligurie
après un combat acharné
à la baïonnette.
La fougue dont il fait preuve lui vaut
d'être, à nouveau, nommé
chef de brigade.
A la tête de ses grenadiers, il
passe, le premier, le Pô à
Plaisance.
Au pont de Lodi (10 mai 1796), il manifeste
un courage remarquable en s'avançant
avec ses troupes malgré l'artillerie
ennemie. Puis il se distingue à
la bataille de Bassano (7 septembre 1796)
avant d'être blessé le 15
septembre à Governolo.
Bonaparte demande pour lui au Directoire,
qu'il soit nommé Général
de brigade.
Il est à nouveau remarqué
par Bonaparte pour son ardeur au combat
à la bataille d'Arcole.
Il est, une première fois, blessé
à cette bataille le 14 Novembre
1796.
Le 15 Novembre, au moment où Bonaparte
se trouve en difficulté du fait
d'une contre-offensive des autrichiens
et risque même d'être fait
prisonnier, Lannes, bien que blessé,
se précipite sur le lieu de la
bataille, engage avec des hommes disponibles
une contre-attaque qui permet à
Bonaparte de se dégager. Puis il
combat avec une telle énergie qu'il
réussit à faire reculer
l'armée autrichienne. Son intervention
vigoureuse permet à Bonaparte de
conquérir le Pont d'Arcole.
Dans ce combat, il est, une nouvelle fois,
blessé et tombe de son cheval sans
connaissance.
Plus tard, en reconnaissance pour cet
acte de bravoure, Bonaparte fait envoyer
à Lannes le drapeau qu'il avait
reçu du corps législatif
en mémoire de la bataille d'Arcole
avec un mot ainsi rédigé
de sa main :
"
Citoyen Général,
le Corps Législatif a
voulu honorer l'armée
d'Italie dans son général.
Il y eut un moment, aux champs
d'Arcole, où la bataille
incertaine eut besoin de l'audace
des chefs. Plein de sang et
couvert de blessures, vous quittâtes
l'ambulance, résolu de
vaincre ou de mourir. Je vous
vis constamment au cours de
cette journée au premier
rang des braves
C'est à
vous d'être le dépositaire
de cet honorable drapeau qui
couvre de gloire les grenadiers
que vous avez constamment commandés.
"
|
A peine remis de sa grave blessure, Lannes
est à Rivoli le 14 janvier 1797
et continue pour prendre Imola.
Bonaparte l'envoie, ensuite, auprès
du Pape pour conclure un traité.
Il rétablit en même temps
l'ordre dans les Etats pontificaux.
La campagne d'Egypte
(1798-1799)
Lannes est d'abord envoyé à
Lyon afin de préparer la logistique
en vue de l'embarquement pour la campagne
d'Egypte.
Aux côtés de Bonaparte, il
participe à cette campagne (1798-1799).
Il prend part à tous les combats
et se signale plus particulièrement
à la prise d'El Arich (20 février
1799), et à celle de Jaffa (7 mars
1799).
Il se distingue au siège de St
Jean d'Acre (19 mars au 20 mai 1798) où
il est gravement blessé à
la tête.
A Aboukir, le 25 juillet 1799, à
la tête de deux bataillons, il reprend
la place forte aux turcs. Il est à
nouveau blessé dans cette bataille.
Au cours de la campagne d'Egypte, il devient
Général de division.
Lannes quitte ensuite l'Egypte avec Bonaparte
pour rentrer en France. Il prend part
au coup d'Etat du 18 Brumaire.
C'est durant cette période qu'il
met fin à son union tumultueuse
avec Jeanne-Josephe.
Il semble que leur infidèlité
ait été réciproque
: Lannes aurait rencontré une jeune
milanaise durant la campagne d'Italie.
Jeanne-Josèphe se serait aussi
montrée infidèle et aurait
même donné le jour à
un enfant (un garçon) onze mois
après le départ de Lannes
pour la campagne d'Egypte.
Le divorce est prononcé aux torts
de son épouse.
Lannes ne tarde pas à se remarier.
Le 16 septembre 1800, il épouse
Louise Guéhéneuc, la fille
d'un Sénateur et financier.
La
2ème campagne d'Italie (1800)
En mai 1800, il participe à la
2ème campagne d'Italie.
Il prend Aoste le 16 mai 1800, Pavie le
2 Juin 1800.
Il remporte, le 9 juin 1800, une magnifique
victoire à Montebello (en Lombardie).
Puis il combat à Marengo (14 juin
1800). Au cours de cette bataille, il
réussit à contenir l'attaque
de l'armée autrichienne durant
sept heures. Ce nouvel acte de bravoure
lui vaut de recevoir un sabre d'honneur
en récompense.
Commandant
de la Garde Consulaire (1800)
Bonaparte devenu Premier Consul crée
la Garde Consulaire, corps de prestige
et d'apparat, qui préfigure la
garde impériale. Le 16 Avril 1800,
le commandement de la Garde Consulaire
est confié à Lannes.
En tant que commandant de la Garde Consulaire,
Lannes dépense généreusement
pour ses soldats. De plus, pour tenir
son rang, il est tenu d'organiser de nombreuses
réceptions fastueuses. En peu de
temps, des sommes considérables
sont dépensées.
Cette situation finit par provoquer un
scandale, sans doute nourri par la jalousie
de quelques uns. Lannes est accusé
de détournement de fonds.
Bonaparte se trouve dans l'obligation
de sanctionner son ami : Il ordonne à
Lannes de reverser au trésor une
somme de 400 000 francs.
Lannes réagit et assure Bonaparte
de sa probité. Mais celui-ci reste
intransigeant. Lannes doit donc rembourser
cette somme.
Comme il n'est pas en mesure de rembourser
la somme demandée, il se fait prêter
400 000 francs par Augereau.
Ambassadeur
à Lisbonne (1802-1804)
C'est à la suite de ce scandale
et peut être aussi en raison de
quelques différends avec lui que
Bonaparte choisit d'éloigner Lannes.
En effet, Lannes se montrait quelquefois
critique à l'égard de Bonaparte.
Il s'adressait au 1er Consul avec un franc-parler
qui pouvait déplaire à celui-ci.
Bonaparte choisit donc d'éloigner
Lannes tout en lui laissant une compensation.
Ainsi en 1802, Lannes part pour Lisbonne
en qualité de Ministre plénipotentiaire
et Envoyé extraordinaire de la
République au Portugal.
Lannes ressent cet éloignement
comme une disgrâce.
A Lisbonne, il s'entend très bien
avec le Régent mais ses rapports
sont difficiles avec le Premier Ministre
tout dévoué aux intérêts
britanniques.
Lannes n'a pas toujours eu un comportement
très " diplomatique "
dans le cadre de cette fonction : C'est
ainsi qu'à la suite d'un incident
avec le Premier Ministre, Lannes s'estimant
outragé, rentre en France sans
en référer à quiconque.
Bonaparte, pourtant, ne lui en tient pas
rigueur. Il retourne ensuite à
Lisbonne à la demande du Régent
et sera accueilli avec les honneurs dus
à son rang.
Lannes était à Lisbonne
lorsqu'il apprend la proclamation de l'Empire.
Maréchal
d'Empire en 1804
L'éloignement momentané
de Lannes n'empêchait pas l'estime
et l'amitié que Bonaparte avait
pour lui. Il était même l'un
de ses compagnons préférés.
Il disait de Lannes qu'il était
: " de ces
hommes à changer la face des affaires
par son propre poids ".
A son retour, il lui montre qu'il lui
conserve toute son estime.
Avec l'instauration de l'Empire, en mai
1804, il est élevé à
la dignité de Maréchal d'Empire
à l'âge de 35 ans.
Plus tard en 1808, il reçoit le
titre de Duc de Montebello en reconnaissance
de la victoire qu'il avait remportée
quelques années plus tôt.
Propriétaire
du Château de Maisons à partir
de 1804
En 1804, le Maréchal Lannes fait
l'acquisition du Château de Maisons.
Il achète le Château et le
parc, à Lanchère, fournisseur
de chevaux des armées.
Lannes mène à Maisons une
existence plutôt solitaire et patriarcale,
loin de la cour et de ses fastes. Il a,
en effet, tendance à fuir la cour
impériale où il se sent
mal à l'aise. Il s'installe à
Maisons, après son retour de Lisbonne,
avec son épouse Louise et ses 5
enfants. (Son premier fils s'appelle Napoléon
et sa première fille Joséphine).
Il est heureux de s'y retrouver entre
deux campagnes militaires. Lannes entreprend
des travaux de rénovation et d'embellissement
du château indispensables après
la Révolution et compte tenu aussi
de l'inachèvement de travaux engagés
avant la Révolution par le Comte
d'Artois.
Il réalise des modifications de
décors, de distribution des pièces.
Il fait amener de nombreux meubles au
château.
Il décide de s'installer avec son
épouse au premier étage
dans l'ancien appartement de la Reine.
Lannes s'intéresse particulièrement
au Parc, aux jardins, à l'orangerie
et à la bergerie..
Il s'intéresse aux fruits de la
terre et même à l'élevage
: il avait ramené d'Espagne des
moutons mérinos qu'il élevait
à Maisons.
Il s'était amusé à
faire planter des peupliers en marquant
la disposition des troupes à la
bataille de Montebello.
De
nouvelles campagnes (1805-1809)
Le maréchal Lannes participe à
de nouvelles campagnes de l'Empire.
L'empereur a décidé de créer
un grand corps d'attaque qui constitue
l'avant-garde de son armée. L'infanterie
est placée sous le commandement
de Lannes. Il a la responsabilité
du 5ème corps d'armée.
Il est de tous les combats : Austerlitz
(2 décembre 1805), Iéna
(14 Octobre 1806), Pultusk (26 décembre
1806), Friedland (14 Juin 1807).
En 1808-1809, il repart en campagne pour
réprimer la révolte espagnole.
(siège de Saragosse janvier/février
1809).
En avril 1809 après un bref séjour
au château de Maisons, à
son retour d'Espagne, le Maréchal
Lannes part pour une nouvelle campagne
d'Autriche.
Sa
mort à la bataille d'Essling (1809)
Le 22 mai 1809, à Essling (près
de Wien), le Général Pouzet,
son ami et son premier instructeur militaire,
vient d'être tué à
ses côtés, d'un balle reçue
à la tête. Lannes se trouvait
encore à quelques pas du corps
de Pouzet et c'est alors qu'un boulet
de canon lui fracasse les jambes. Il est
grièvement blessé et doit
être amputé.
Il est soigné par Larrey, le chirurgien
de Napoléon. Mais malgré
les soins de celui-ci, Lannes meurt neuf
jours plus tard à Wien des suites
de ses blessures (le 31 mai 1809). Il
était à peine âgé
de 40 ans.
Cette disparition est douloureusement
ressentie par toute l'armée. Napoléon
est lui même très affecté
par la mort de son ami Lannes.
Le jour de sa mort, Napoléon écrit
aussitôt à la Maréchale
Lannes, en ces termes, pour lui annoncer
la triste nouvelle :
"
Le Maréchal est mort
ce matin des blessures qu'il
a reçues au champ d'honneur.
Ma peine égale la vôtre.
Je perds le Général
le plus distingué de
mes armées, mon compagnon
d'armes depuis seize ans, celui
que je considérais comme
mon meilleur ami. Sa famille
et ses enfants auront toujours
des droits particuliers à
ma protection. C'est pour vous
en donner l'assurance que j'ai
voulu écrire cette lettre,
car je sens que rien ne peut
alléger la juste douleur
que vous éprouverez.
"
|
Le corps du Maréchal Lannes est
embaumé puis transporté
à Strasbourg où il est gardé
pendant un an. Napoléon fait organiser
des funérailles grandioses le 6
juillet 1810, date anniversaire de la
bataille de Wagram.
Le corps du Maréchal Lannes repose
au Panthéon.
Le
Château de Maisons après
la mort du Maréchal Lannes
Napoléon reporte son estime sur
la veuve du Maréchal, la Duchesse
de Montebello. Celle-ci est nommée,
en 1810, première dame d'honneur
de l'Impératrice Marie Louise.
Cependant, chaque fois qu'elle le peut,
la duchesse de Montebello quitte la cour
pour se retrouver avec ses enfants dans
le domaine de Maisons.
L'Empereur et l'Impératrice viennent
souvent lui rendre visite au château
de Maisons.
En 1818, la Duchesse de Montebello vend
le domaine au banquier Jacques Laffitte.
|
A
Sainte Hélène, Napoléon
évoque, en ces termes,
le souvenir de son ami Lannes
:
"
Il était d'une bravoure
extraordinaire. Il était
sage, prudent, d'un sang-froid
imperturbable. Calme au milieu
du feu, il possédait
un coup d'il sûr
et pénétrant.
Il était supérieur
à tous les généraux
de l'armée française
sur un champ de bataille pour
faire manuvrer vingt-cinq
mille hommes d'infanterie
Chez
Lannes, le courage l'emportait
d'abord sur l'esprit ; mais
l'esprit montait chaque jour
pour se mettre en équilibre
; je l'avais pris pygmée,
je l'ai perdu géant.
"
|