Ses origines
et son mariage : la noblesse de robe
René de Longueil est né en 1596. Il appartient à
l'une des plus anciennes familles du Parlement de Paris, qui siège
dans cette assemblée depuis 1399. Son père, Jean de
Longueil était un haut magistrat de la chambre des comptes.La
famille des Longueil avait pris le nom d'un bourg situé près
de Dieppe, en Normandie. Elle possédait la Seigneurie de
Maisons depuis plus de deux siècles.
La proximité de la résidence royale du château
de St Germain par rapport à Maisons avait permis à
son père, Jean de Longueil, de recevoir à plusieurs
reprises, dans son domaine, le jeune Roi Louis XIII.Le 22 mai 1622,
René de Longueil épouse, en l'Eglise de Maisons, Madeleine
Boulenc de Crévecoeur, âgée de 13 ans, fille
de Guillaume Boulenc de Crévecoeur également magistrat
de la Chambre des Comptes. Ce mariage lui apporte une fortune considérable
ainsi que de nombreuses terres dont celle de Widerville.
L'épouse de René de Longueil meurt à l'âge
de 26 ans en 1636 et lui laisse 4 enfants.
René de Longueil est très affecté par la disparition
de Madeleine. Il ne se remariera jamais. Le souvenir de Madeleine
est évoqué partout dans son château de Maisons
par des monogrammes aux doubles initiales entrelacées de
Madeleine et René.
Le Président
de Maisons
René de Longueil suit l'exemple de ses ancêtres et
entame très tôt une carrière de magistrat qui
se révèle brillante.
Conseiller au Grand Conseil en 1618, il devient Premier Président
de la Cour des Aides en 1620. Puis il atteint le sommet de la hiérarchie
judiciaire lorsqu'il accède, en 1642, à la fonction
de Président à Mortier au Parlement de Paris.
A partir de cette date, Longueil est généralement
désigné par le titre "Président de Maisons".Grâce
à son habileté et à son esprit de conciliation,
Longueil avait pu s'attirer les bonnes grâces de Richelieu
et de Louis XIII. Mais Richelieu meurt en 1642. Six mois plus tard
(1643), c'est Louis XIII qui disparaît.
La disparition de Richelieu et de Louis XIII et les responsabilités
prises par Mazarin (qui se méfie des parlementaires et des
partisans de Richelieu) rend la situation de Longueil plus délicate.
Néanmoins, en 1645, le Président de Maisons consolide
sa position à la Cour en devenant Gouverneur des châteaux
de Versailles, de St Germain et d'Evreux. Le titulaire du poste
: Claude de St Simon lui aurait cédé ou vendu cette
charge.
Une attitude prudente pendant
la Fronde parlementaire
La situation financière était très mauvaise
du fait de la guerre et du refus de tous les privilégiés
de payer l'impôt. Mazarin avait relevé les tailles
et les aides. Il avait multiplié certaines taxes. En 1643,
le Parlement s'était élevé contre ces augmentations
et avait fait des remontrances. Cette situation avait nourri de
nombreuses critiques à l'égard de Mazarin.
En 1648, intervient le renouvellement de la " paulette ".
(Cet impôt que devait payer les titulaires de charges pour
en être propriétaires et assurer l'hérédité
des offices.) Il est décidé de retenir quatre années
de " gages " aux officiers des " cours souveraines
" de justice.
Au mécontentement populaire, s'ajoute ainsi la réaction
de la noblesse de robe.
Le Parlement se réunit aux autres " cours souveraines
" de Paris (" Cour des Aides, " Chambre des Comptes
") et le 13 mai 1648, est proclamé l' " Arrêt
d'Union ". Un plan de réforme est présenté
dans les " propositions de la Chambre Saint Louis ". Parmi
celles-ci figurent : la suppression de Intendants et le contrôle
par les Parlements de l'Administration financière et des
levées d'impôts.
Le 26 Août 1648, Mazarin fait arrêter plusieurs conseillers
du Parlement de Paris dont Broussel.
Le lendemain, en réaction à cette arrestation, on
assiste à une émeute populaire dans Paris : la "
journée des barricades ". C'est le début d'un
soulèvement qui obligera la Régente et le jeune Roi
Louis XIV, le 5 janvier 1649, à quitter le Louvre pour se
réfugier à St Germain.
Cette " Fronde " dure 2 mois : du 6 janvier au 11 mars
1649. C'est le Parlement qui dirige le mouvement. Mais l'armée
de Condé intervient et bloque Paris. L'agitation se calme
et les parlementaires engagent des pourparlers qui aboutissent à
la paix de Rueil. Pendant la Fronde parlementaire (1648/1649)
René de Longueil est d'abord solidaire de ses collègues
parlementaires engagés dans le mouvement. En septembre 1648,
après la journée des barricades, il est choisi pour
participer à la délégation qui devait rencontrer
Condé et Gaston d'Orléans sur la situation de l'Etat
et discuter des réformes.
Mais son attitude est guidée aussi par sa fidélité
constante à la maison de Condé.
Longueil entretient les meilleurs rapports avec le Prince de Condé,
son frère Conti et sa sur la Duchesse de Longueville.
Il cherche en même temps à conserver de bonnes relations
avec Mazarin et avec la Cour.
Il adopte une attitude prudente à la différence de
son frère Pierre, conseiller clerc à la Grand Chambre
qui apparaît plus vindicatif.
Mais Longueil se trouve en difficulté lorsque Mazarin confie
à Condé le soin de réaliser une intervention
militaire sur Paris au début de l'année 1649. Il préfère,alors,
quitter Paris et attendre dans son château de Maisons.
On note qu'il est absent le 8 janvier 1649 lors d'une séance
solennelle du Parlement qui prononce un arrêt vouant Mazarin
au bannissement. Cette absence est perçu par certains parlementaires
comme une trahison.
A la suite de cette absence de Longueil et de quelques autres parlementaires,
le Parlement décide dans un arrêt du 20 janvier d'obliger
les parlementaires à rester au Parlement faute de quoi ils
seraient déchus de leur charge.
Mais la situation évolue dans le sens d'une recherche de
compromis entre la Cour et le Parlement. Longueil reprend sa place
au Parlement. Il est même choisi pour participer aux négociations
entre le Parlement et la Cour et il signe avec la cour, le traité
de Rueil (11 mars 1649).
Ceci ne met nullement en cause son attachement à Condé
dont les relations avec la Cour se sont détériorées.
La construction
du Château de Maisons
René de Longueil eût l'idée, après la
mort de son père en 1629, de remplacer le manoir de Jean
de Longueil par un château digne de son rang et de sa fortune.
Il se souvenait des visites du Dauphin à Maisons du temps
de son père et espérait aussi être bien considéré
du Roi Louis XIII en l'accueillant dans une nouvelle demeure grandiose.
La construction du château de Maisons est destinée
à affirmer sa position sociale et à lui permettre
d'accueillir le Roi.
Pour réaliser cela, René de Longueil doit agrandir
le domaine. Il acquiert tous les terrains et bâtiments disponibles
dans les environs. Il négocie avec les propriétaires.
Il échange des terres. Il cherche à étendre
le domaine par tous les moyens.
Il met les meilleurs artistes de cette époque au service
de ce projet et d'abord le plus grand architecte : François
MANSART.
Les travaux auraient débuté vers 1640. Le gros uvre
est achevé en 1646. L'aménagement intérieur
est réalisé de 1646 à 1649.
Le château fut la résidence secondaire de René
de Longueil. Sa résidence principale était à
Paris où il exerçait sa charge.
Le couronnement
de carrière
Après la paix de Rueil, René de Longueil se trouvait
en situation d'obtenir la Surintendance des Finances. Mais au bout
de plusieurs semaines d'intrigues le poste revient à Particelli
d'Emery.
Celui-ci meurt l'année suivante.
Le 23 mai 1650, René de Longueil, grâce au soutien
de quelques amis influents auprès de Mazarin, devient Surintendant
des Finances.
Il va exercer ce ministère au moment ou se développe
la " Fronde des Princes "Mais l'apogée pour René
de Longueil a lieu à la mi-avril 1651 lorsque la Reine et
le jeune Roi viennent visiter le château de Maisons qui venait
d'être terminé.
Anne d'Autriche vient au château avec Louis XIV âgé
de 13 ans et son autre fils Philippe, duc d'Anjou. René de
Longueil les reçoit somptueusement.
(Le dîner qui eut lieu au milieu d'une profusion de fleurs
aurait comporté 1800 pièces de gibier, 500 pains mollets
et 154 bouteilles de vin.)
La disgrâce (partielle)
René de Longueil a suscité une certaine méfiance
de la part de Mazarin et de la cour.
Mazarin craignait que René de Longueil ne soit plus favorable
à Gaston d'Orléans et au Prince de Condé qu'à
La Reine et au Dauphin ou qu'il ne joue un double jeu.
On jalousait aussi l'imposante demeure qu'il s'était fait
construire à Maisons.
On a mis en doute son intégrité et sa probité
compte tenu du coût qu'avait représenté la construction
de Maisons (six millions) et du faste qu'il y déployait.
Lors de la constitution d'un nouveau Ministère, à
la majorité du Roi, le 5 septembre 1651, René de Longueil
est relevé de sa charge.
Longueil venant d'apprendre qu'il est relevé de sa charge
aurait eu ce commentaire cynique : " Ils ont tort ! J'ai fait
mes affaires. J'allais faire les leurs. "
Longueil reste cependant membre du Conseil avec le titre de Ministre
d'Etat. Il conserve également sa charge de Président
à Mortier.
En 1653, sa charge de gouverneur de Versailles et de St Germain
lui est retirée. Ces fonctions ayant été jugées
incompatibles avec celles de Président à Mortier.
Pendant 5 ans, René de Longueil reste sagement à l'écart
de la Cour. Il s'exile à Maisons et surtout à Glisolles,
près de l'abbaye de St Pierre de Conches (Eure) dont son
second fils avait été nommé abbé commendataire.
Glisolles était un fief appartenant à Madeleine de
Boulenc de Crévecoeur et où elle avait été
inhumée. Son mari lui avait succédé comme Seigneur
du lieu.
Durant cette période, les travaux semblent avoir été
suspendus au château de Maisons.
Le retour
en grâce
En 1656, Longueil marie sa fille avec le marquis de
Soyecourt chevalier des ordres du Roi et grand maître de sa
garde robe.
Ce mariage est pour Longueil le début d'un retour en grâce.
Mazarin désormais mieux assuré de son pouvoir ne considère
plus que Longueil est un danger pour lui.
En 1658, le domaine de Maisons est érigé en Marquisat.
Le Roi l'autorise à faire clore de murs son domaine. Ce qui
constituait un privilège réservé aux nobles.
Longueil fait alors figurer sa couronne de Marquis sur les décors
du château.
De plus, le Roi confère, à René de Longueil,
la capitainerie des chasses de Maisons et du Mesnil.
Longueil reprend également avec Mansart vers 1660 de nouveaux
travaux de construction dans son château de Maisons : la construction
des portes et la construction des écuries.En 1671 René
de Longueil reçoit une nouvelle visite du Roi au Château
de Maisons. A l'occasion de la mort de son second fils, le Duc d'Anjou,
à St Germain, et alors que Versailles était en travaux,
Louis XIV séjourne pendant plusieurs jours à Maisons.
René de Longueil meurt à Paris en 1677, à l'âge
de 82 ans.

Blason des Longueil
"d'azur
à trois roses d'argent, au chef d'or chargé de trois
roses de gueules" Le
blason des Longueil avait comme support deux aigles à "long
oeil"
La
librairie de l'Histoire