Au Château de Maisons-Laffitte

 

 

Exposition : Air, Eau, Terre et Feu

Oeuvres d'Adriana Mangoni

 
 

 

Quelques textes qui invitent au voyage…

Plus qu'une reproduction fidèle des itinéraires, le travail d'Adriana Mangoni, aidée du Professeur Cabianca, propose une réinterprétation du voyage de ces aventuriers, poètes et historiens, qui ont laissé leurs impressions dans des chroniques et journaux. C'est tout l'imaginaire et les impressions propres à chacun qu'il s'agit de reconstituer.

" Voyage Pittoresque de l'Abbé de Saint Non " (Paris, 1727-1791)

En avril 1778, trois architectes, Châtelet, Desprez et Renard, pensionnaires à Rome et guidés par Vivant Denon, partirent de Naples à la découverte de la Sicile pour un travail de commande : l'illustration des lieux et phénomènes naturels, pour un livre qui sera l'un des plus célèbres du XVIIIe siècle, le Voyage Pittoresque de l'abbé de Saint Non.
Dans la grande tradition des " Vedute " du XVIIIe siècle, ils produisirent une extraordinaire série de vues d'une rare sensibilité, qui donne une grande richesse de détails sur la Sicile et les Iles Eoliennes.

Vue de l'Etna :
" Ce qui attira encore plus notre attention dans ce lieu fut d'y jouir de la vue entière de l'Etna, et du spectacle qu'y présente ce volcan formidable, dont on peut découvrir de là l'étendue prodigieuse. Jamais il n'y eut par un jour serein et au lever du soleil, un tableau plus noble, plus imposant et plus magique en même temps. Cet effet vaporeux produit par la vague immense de l'air, dans un espace de plus de soixante lieues, qu'occupe la base de l'Etna, sur près de deux mille toises de hauteur perpendiculaire, est plus aisé à imaginer qu'à rendre et à peindre, ou plutôt l'un et l'autre sont également impossibles, il faut l'avoir vu pour s'en former une idée et ne l'oublier de sa vie. "
J-Cl Richard, abbé de Saint Non, Voyage Pittoresque ou description du Royaume de Naples et de Sicile, Paris 1781-86.

Les Iles de Sicile racontées par un artiste de talent : le voyage solitaire de Jean-Pierre-Laurent Houël (Rouen, 1735-1813)

Erudit éclectique et curieux, partagé entre sa passion pour la peinture et ses études d'architecture, Houël appartient à la première génération de voyageurs qui, comme Goethe, connurent les joies et les désagréments du " Grand Tour " en Italie vers la fin du XVIIIe siècle. Auteur d'un immense et précieux recueil de dessins et d'esquisses sur les Iles Eoliennes - dont Houël fit le tour en solitaire - il restitue un imaginaire méditerranéen, lumineux en harmonie avec la précision méticuleuse des représentations géographiques.

Vue de la Saline située sur une langue de terre au midi de l'Isle de Saline :
" Après ce coup d'œil jeté sur l'Isle, on me conduisit à la saline : on y voit encore quelques portions de murs antiques construits par les Romains… Ces vestiges sont les restes de quelques bains qu'on avait construits au bord de la mer. "
J-P Houël, Voyage Pittoresque…, Paris, 1871.

L'étude des phénomènes volcaniques dans les notes de Sir William Hamilton (1730-1803) et les superbes illustrations de Pietro Fabris, paysagiste et peintre de cour réputé

Sir William Hamilton, diplomate, naturaliste et collectionneur d'art, est ambassadeur du Roi d'Angleterre dans le royaume de Naples où il demeure 36 ans. Durant son séjour, il se passionne pour l'étude du Vésuve et des phénomènes sismiques qui se manifestent dans le sud de l'Italie. Il effectue une série d'importantes observations sur les éruptions du Vésuve qu'il résume sous forme de lettres à la Royal Society de Londres.

" Je passai toute la nuit sur la montagne… et m'approchai de la bouche du volcan autant que la prudence me le permettait : la lave était un fleuve de métal liquide rouge en feu comme la matière liquide des fabriques de verre, sur lequel flottaient de grandes scories à moitié enflammées, qui roulaient les unes sur les autres sur le flanc de la montagne et formaient une extraordinaire cascade… Les pierres enflammées étaient parfaitement transparentes, le cratère avait presque un demi mille de circonférence et lançait des pierres dans toutes les directions. "
Sir William Hamilton, An account of the Eruption of Mount Vesuvius in 1766, in a Letter to the Earl of Morton President of The Royal Society.

Un auteur italien admirant son pays…

" Certes c'est le plus beau coin de la Sicile. Une côte si sauvage, absolument déserte, sans même une seule maison ; la mer a la couleur du plumage des paons ; et juste en face, au delà des flots changeants surgit l'Etna ; de nul endroit il n'apparaît aussi beau, aussi calme et puissant, aussi divin. "
Giuseppe Tomasi di Lampedusa, " Lighea ", Récits, Milan, 1961.

L'écrivain allemand Rilke décrit également sa fascination pour la région :

" En effet nul paysage ne peut être plus grec, nulle mer plus pleine de grandeur antique, que cette terre et cette mer que je vois en me promenant sur les sentiers d'Anacapari. C'est la Grèce, sans les œuvres d'art du monde grec, juste avant qu'elles ne surgissent. (…) Et quelle langue ils parlent là-haut ! Je n'ai jamais entendu voix humaine prononcer des paroles aussi antiques. Demandez leur le nom du lieu que vous apercevez et ils vous disent quelque chose de grand, de puissant, qui sonne comme le nom d'un roi, de l'un de ces rois antiques légendaires, et vous avez l'impression d'avoir déjà entendu ce nom, comme un présage, dans les orages et dans toute la force retenue de la mer qui commence à se gonfler. "
Rainer Maria Rilke, Briefe aus den Jahren 1907-0914, Leipzig, 1939.

 
   
   
   
Haut de page